Lauréat du Tour de France Cyclotouriste du Métro en 2019 Hervé Mesnage signe son second recueil de poésie.
Il est possible de se procurer les oeuvres d'Hervé au café de la Presse de Sillé le Guillaume, place de la république ou en prenant contact avec l'auteur via son adresse mail (mesnageherve@gmail.com) ou son téléphone (06 56 89 46 98).
Une bonne lecture ou une bonne idée de cadeau pour les fêtes.
Le train ronronne sous mon pied et fend la nuit
Les heures passent lentement et je m'ennuie
J'ouvre mon téléphone et, dépassant Versailles
J'espère voyager comme Anna de Noailles
Les locomotives suaient sous la vapeur
Il leur fallait au moins deux ou trois conducteurs
Mais c'est en ce temps-là qu'on rêvait d'aventure
Et de puissants chevaux filant à toute allure
Nous savons aujourd'hui que ce temps-là n'est plus
La bête rougissait et son panache blanc
Envahissait l'espace et quelques beaux talus
Les voyageurs contents palabraient sur leurs bancs
Et le temps s'écoulait beaucoup plus gentiment
Qu'en ce train qui déjà doit s'arrêter au Mans
Hervé, le 29 décembre 2025
Un train siffle et s'en va, bousculant l'air, les routes,
L'espace, la nuit bleue et l'odeur des chemins ;
Alors ivre, hagard, il tombera demain
Au cœur d'un beau pays en sifflant sous les voûtes...
Anna de NOAILLES (1876-1933)
Poète tu perds ton temps
Quand tu écris plein de fois
Des vers indignes de foi
Depuis déjà vingt-huit ans
Tu te sers de ton stylo
Comme d'un triste grelot
Recompose ton jardin
Relis Molière, Verlaine
Roule et visite la Seine
Plus malicieux qu'un lutin
Qui compte encore fleurette
Qui danse et qui fait la fête
Chante la vie, voilà tout
Deviens son ambassadeur
Et renonce à la laideur
Répands la joie de partout
Console tous ceux qui pleurent
Tout au fond de leur demeure
Poète fais ton devoir
Avec ton style magique
Change les mots en musique
Redonne-nous de l'espoir
Écris un joli sonnet
En cette nouvelle année
Hervé, le 31 décembre 2025
Je voudrais que tu sois
Dévêtue dans la soie
Te voir comme une reine
Ou comme une sirène
Me prendre dans tes rets
Pour être libéré
Je voudrais un sourire
Qui seul devrait suffire
À rendre tout l'hiver
Supportables mes vers
Contempler tout l'été
Chaque grain de beauté
Je voudrais déposer
Des baisers plus osés
Sentir venant des cieux
Un souffle délicieux
Me tenir dans tes bras
La nuit entre tes draps
Je voudrais des automnes
Un peu moins monotones
Rire de nos bêtises
Et aussi lâcher prise
Connaître des printemps
Encore et pour longtemps
Je voudrais sous ton toit
Parfois vivre avec toi
Pour la nouvelle année
En toi m'abandonner
Jusqu'à la nuit des temps
Depuis que tu m'attends
Hervé, le 5 décembre 2026
Dans ce décor noyé de brouillard
Mes yeux ne distinguent rien de toi
Et, Dieu qu'ils sont blêmes sous ce toit
Comme un corps froid sur son corbillard
Je cède à mon tourment et j'ai mal
À mes dents plus serrées que mes poings
Dans le coton bleu de mon pourpoint
Je me débats comme un animal
Pris au piège de mes souvenirs
Mon cœur saigne de n'avoir pas su
Comment faire pour te retenir
Un jour mes vers voleront dessus
Champs et forêts, montagnes ou mers
Et ne seront plus jamais amers
Hervé, le 18 janvier 2026
Au coeur de son déplacement
Elle rayonne dans la nuit
Nous veille et ne fait aucun bruit
Au-dessus de ses bois dormants
Après une sombre journée
Elle remplace le soleil
Et dans l'attente du réveil
S'éclipse avant qu’il ait sonné
Sous le ciel parsemé d'étoiles
Du haut de ce monde insensé
Elle règne sur nos pensées
Comme une araignée dans sa toile
Réveillé par la tourterelle
Qui roucoule près de l'étang
À nouveau le poète attend
Une muse trop irréelle
Mais celle qui vogue là-haut
Comme la reine du silence
De ses nuits, dans l'incandescence
A laissé chanter son stylo
On croit entendre les hi-hans
De pauvres ânes dans un pré
Et la triste voix enrouée
Un peu plus loin d'un chat-huant
D'exubérantes mélodies
Emplissent de félicité
Les amoureux des nuits d'été
Aimant danser le vendredi
Et sous l'impensable lumière
De cette magnifique dame
Ils traverseront à la rame
Des lacs mais aussi des rivières
Hervé, le 24 janvier 2026
Sentant déjà la nuit venir
Il rentre chez lui à nouveau
Dehors il pleut mais un sanglot
De bonheur suspend son ennui
Et la peur de manquer de mots
Qui mieux que toi vivante Muse
L'aidera au point de guérir
Et reprendre goût à loisir
De ton regard qui se refuse
Ou qu’il n'a pas pu soutenir
Il lui semble que cette histoire
Qui trotte toute la journée
Ne se terminera jamais
Qu'un jour malgré ses idées noires
Elle saura le consoler
Ô toi sublime courtisane
Qui règne dans chaque recoin
D'un cerveau rempli de besoins
Il se pourrait qu’aucune dame
Ne sache de lui prendre soin
Ô toi lointaine Éléonore
Essaie de ne pas recaler
Ce pauvre roi dans son palais
Qui s’exténue jusqu’à l’aurore
Et qui ne sait plus où aller
Hervé, le 2 février 2026
Un doux rayon doré échauffe un peu la treille
Depuis quelques matins, Soleil tu m’émerveilles
En ce beau jour de mars, vois comme je m'éveille
Sur ma peau, dans mon cœur, ma tête, mon oreille
Tout en moi veut frémir comme ces chants d’oiseaux
Ce vent encore frais dans l'air et puis sur l'eau
Où l'on voit tout au bord bouger quelques roseaux
Loin de tout artifice et hors de tout réseau
Comme il est important de regarder le ciel
Si bleu, si merveilleux. Comme il est essentiel
De se dire après tout que tout est démentiel
Sinon certains poèmes ou un bel arc-en-ciel
Allons voir néanmoins ce que la vie réserve
Même si comme vous, c’est sûr, elle m’énerve
Offrons et recevons pour qu’alors elle serve
À jouer pleinement sans aucune réserve
Quand quelqu’un me sourit, j’oublie tout, ma colère
Et je me reconnais un peu comme son frère
La paix est un trésor débordant de lumière
Et un hymne à la joie répond à nos prières
Hervé, le 4 mars 2026
D'une gare à l'autre
Quand à Vichy l'état français fut transféré
Qui aurait pu s'imaginer qu’elle deviendrait
Associée à autre chose qu'à son eau ?
Quand la disgrâce fut venue et que le mot
Régime l’eut contrainte à un amer destin
Qui saurait dire franchement ce que d’aucuns
De tous ses habitants peuvent sentir d'ennui
Lorsque partout ailleurs on prononce Vichy ?
De gare en gare je n'ai pas su m’empêcher
De penser à tout ça au-delà de l'Allier
Et j'ai tapé des vers un peu nerveusement
Dans un quelconque Intercités assez fuyant
Hervé, le 1er mai 2026
Pensées baudelairiennes
Parfois le vent là-haut soulève les nuages,
Les beaux nuages blancs qui parfois fondent l'âme
Des amoureux épris d'air pur ou bien d'orages
Et puis d’allégories qu'on trouvait trop infâmes.
Vous sembliez tous si laids, comme il n'était pas bon
De respirer ces fleurs apparentée au Mal !
À présent nous aimons leurs parfums et tombons
Tous en admiration. Un instinct animal
Infuse nos esprits et la splendeur des cieux
Efface tel un vent les tourments les plus lourds.
Et puis il y a ces vers, beaux comme le velours,
Qui peuvent caresser la peau des plus anxieux.
Ah comme il me plairait de goûter tous ces fruits
Donnés tout comme avant aux vivants d’aujourd’hui.
Hervé, le 12 mai 2026
Paname
Paname, je suis las
Timide, introverti
À nous deux : c’est parti
Je t'aime, mais voilà…
Paname, tu étais
La reine des esthètes
Mai hélas on achète
À prix d'or ta beauté
Paname, tu rumines
Un peu comme un chameau
Dans un désert de mots
De rares synonymes
Paname, souviens-toi
Des peintres, des poètes
Des chansons et des fêtes
Par en-dessous les toits
Paname, rêve encor
Sous des millions d'étoiles
Dans la nuit qui dévoile
Un somptueux décor
Paname, reviens-nous
Il le faut selon moi
Retrouvons nos émois
Je t’en prie à genoux
Paname, par à-coups
Je sens près de la Seine
Couler des flots de haine
La sueur à mon cou
Paname, à tout jamais
Redeviens tout de même
Celle que le monde aime
Comme un beau jour de mai
Hervé, le 4 juin 2026
Padam, padam, padam
Il arrive en courant derrière moi
Padam, padam, padam
Il me fait le coup du souviens-toi
Padam, padam, padam
C’est un air qui me montre du doigt…
Chanson d’Édith Piaf
Rififi dans la basse-cour
Dans la basse-cour c’est la fête
Charmantes les poules caquettent
Et l'on voit partout sur leurs têtes
D’élégantes et rouges crêtes
Le coq est fier comme jamais
Il surveille ces dames mais
Le paysan vient de semer
Du grain qui ne va pas germer
Cocorico fait tout à coup
Le coq semblant devenir fou
Je vais tout manger poussez-vous
Allez il reste encore du chou
C'est pas juste dit un poussin
Nos mamans vont mourir de faim
Tu sais bien qu’il leur faut du grain
Pour pondre un œuf chaque matin
Occupe-toi de tes affaires
Hurle le coq en colère
Va t’amuser avec tes frères
Avant que je parle à ta mère
L’oisillon d’un air décidé
À dix lieux d’être intimidé
Ose un magistral coup de dé
Papa tu es très démodé
Allez vas-y va voir maman
S’égosille-t-il crânement
Nous sommes unanimement
Déçu par ton comportement
Attends un peu je vais la voir
Je la vois elle est toute en noir
Quant à toi on va se revoir
Tu peux me croire avant ce soir
Pendant qu’ils s’expliquent au fond
De la cour les autres se font
Grâce à l’audace du fiston
Un mémorable gueuleton
Allez venez mes chers parents
Venez et rejoignez nos rangs
Toi mon papa et toi maman
Venez picorer gentiment
Hervé, le 11 juin 2026
Éplorement
Dehors la nuit j’entends
Le vent, je vois la lune
Un disque d'or s'étend
Sur des nids de fortune
La lumière dorée
De mon humble séjour
Bien qu’assez timorée
Remplace enfin le jour
Pour sécher des sanglots
Longs comme ces dimanches
J’attrape mon stylo
À défaut de tes hanches
Ton sourire à mon cœur
Exempt de tout remords
Tes vers appris par cœur
Me font perdre le nord
Malgré moi l’obsession
Qui plane sous mon toit
N'a d'autre explication
Que mon amour pour toi
Je veux lutter pourtant
Te décrire avant tout
Défier le néant
Te prier à genoux
Quitte à s’exténuer
Et risquer de mourir
Il faut s’habituer
À vivre et à souffrir
Explorer la vallée
Oú coulent tant de larmes
Au travers des galets
Avec nos pauvres armes
Hervé, le 13 juin 2026
Voisineurs
Depuis la nuit des temps
Quand rien ne s’offre à nous
Que de tuer le temps
Des larmes montent en nous
Pourtant dès que quelqu’un
Nous envoie son sourire
Un petit mot taquin
Nous ne savons que rire
Ils donnent du bonheur
Parlent du temps qu'il fait
Voici les Voisineurs
Autour d'un bon café
Poète parmi eux
Cherchant des mots précis
Je n'ai pu faire mieux
Que d'écrire ceci…
On ne voit bien qu'avec le cœur.
L’essentiel est invisible pour les yeux.
Ces mots sont ceux d'Antoine de Saint-Exupéry
Parfaitement inscrits dans notre patrimoine
Ils sont aussi le fil, l’écho à une envie
De partager la vie des êtres en exil
Ces cœurs abandonnés
Que sont nos voisinés
Souffrent à s’y tromper
D’un fatal coup d’épée
Offrons-leur l’amitié
Dont nous avons besoin
Et non cette pitié
Maquillée avec soin
Hervé, le 18 juin 2026
Pour l’anniversaire des 20 ans du réseau Voisineurs de Familles de la Sarthe.
Si belle mais sauvage
J'écoute et vois le vent agir dans le feuillage
Et j'accuse un soupir. Ma plume reste sage
Muse, rappelle-toi, vous sembliez bien volage
Tous les trois nous montions jusqu’au septième étage
Certains pensent, à présent, que nous n’avons plus l’âge
Que nous sommes en train de quitter le rivage
Et je reste bloqué, seul devant cette page
Sans l'ombre d'une envie ni assez de courage
Tandis qu’il suffirait de quitter le garage
De partir comme avant et faire un beau voyage
Plein de bleu dans les yeux en dépit des orages
Pour redire à tous ceux qui vivent dans des cages
Qui n’ont toujours pas fait le deuil de leur servage
À ces têtes qu’on voit toujours dans les nuages
Bougeons-nous nom de Dieu ! Diable, on n’est pas des anges
Mais on n’est pas non plus encore au Moyen Âge
Il faut aimer la vie, si belle mais sauvage
Sombre mais lumineuse autant que Caravage
Dépasser l’horizon, au-delà de l’outrage
En lisant quelques vers signés Hervé Mesnage
Hervé, le 3 août 2026